Une maison de la fin des années 1960 avec du « filage en aluminium »? L’expression inquiète les acheteurs, parfois plus que nécessaire. Ce filage n’est pas interdit au Québec et n’impose pas automatiquement de tout refaire. Il comporte toutefois un risque réel et bien documenté, concentré à un endroit précis : les connexions. Voici comment le comprendre, le repérer, le faire corriger et en tenir compte lors d’un achat.
Pourquoi a-t-on utilisé de l’aluminium?
Selon la Commission américaine de sécurité des produits de consommation (CPSC), une pénurie de cuivre au milieu des années 1960 a poussé les constructeurs à utiliser l’aluminium pour les circuits ordinaires de 15 et 20 ampères (prises, interrupteurs, luminaires), et non plus seulement pour la cuisinière ou la sécheuse. Une maison construite avant 1965 a peu de chances d’en contenir; les câbles installés entre 1965 et le milieu des années 1970, y compris dans les agrandissements, peuvent être en aluminium. En Ontario, l’Electrical Safety Authority (ESA) parle du milieu des années 1960 à la fin des années 1970.
La Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ) rappelle que les conducteurs d’aluminium sont permis par le Code de construction du Québec, chapitre V – Électricité, et l’ont toujours été. Il est question ici du filage de dérivation à conducteur plein installé à l’époque dans les murs.
Comment reconnaître du filage en aluminium
- Le marquage : la gaine porte, à intervalles réguliers, la mention « AL » ou « Aluminum », lisible là où les câbles sont visibles (sous-sol non fini, entretoit, garage).
- La couleur : un conducteur gris argenté plutôt que cuivré, par exemple dans le panneau électrique.
- Le calibre : pour un circuit de 15 A, un fil d’aluminium no 12 plutôt qu’un fil de cuivre no 14 (CPSC).
- Le « CU-clad » : un câble « CU-clad » ou « Copper-clad » est de l’aluminium plaqué de cuivre, un produit différent.
En cas de doute, seul un électricien peut confirmer le type de conducteur.
Le vrai risque : les connexions, pas le fil
Bien installé, le fil d’aluminium transporte le courant de façon sécuritaire. Le problème se situe aux raccordements : prises, interrupteurs, épissures, luminaires et appareils raccordés en permanence. Plusieurs phénomènes s’additionnent :
- L’oxydation : l’oxyde d’aluminium est un isolant qui nuit au passage du courant (CMEQ).
- Le fluage : l’aluminium, mou, continue de se déformer sous la vis et la connexion se desserre (InterNACHI).
- La dilatation thermique : plus marquée que celle du cuivre, elle use le contact à chaque cycle de chauffe.
- L’incompatibilité : le contact cuivre-aluminium provoque de la corrosion galvanique. La CMEQ note que l’inspection révèle souvent des vis de laiton non compatibles et des marettes d’époque conçues pour le cuivre seulement. Les dispositifs doivent porter un marquage « Al » ou « Cu/Al ».
Résultat : la surface de contact diminue, la résistance augmente et la connexion chauffe, avec des dommages cumulatifs. Une étude réalisée pour la CPSC a montré que les maisons construites avant 1972 et câblées en aluminium étaient 55 fois plus susceptibles d’avoir au moins une connexion de prise atteignant des « conditions de risque d’incendie » que les maisons câblées en cuivre.
Les signes d’alerte
Selon la CPSC, les connexions défaillantes donnent rarement des signes faciles à détecter, et certaines ont surchauffé sans avertissement. Prenez au sérieux :
- une plaque de prise ou d’interrupteur chaude au toucher;
- des lumières qui vacillent;
- des circuits qui ne fonctionnent plus;
- une odeur de plastique brûlé.
Dans ce cas, ne réparez pas vous-même : appelez un entrepreneur électricien.
Ce qu’une inspection peut voir, et ce qu’elle ne peut pas voir
Lors d’une inspection préachat, nos techniciens et inspecteurs certifiés InterNACHI repèrent les indices visibles : marquage des câbles, apparence des conducteurs, type de prises, signes de surchauffe ou de modifications improvisées. Lorsque du filage en aluminium est observé ou soupçonné, nous le consignons et recommandons une évaluation par un entrepreneur électricien, comme le prévoient les normes de pratique d’InterNACHI.
Une inspection visuelle et non destructive ne démonte pas chaque prise ni chaque boîte de jonction, et ne remplace pas l’évaluation d’un électricien. Boreon n’effectue aucun travail électrique : notre rôle est de vous dire quoi faire vérifier, et par qui.
L’apport de la thermographie infrarouge
La thermographie est incluse dans chacune de nos inspections. Une connexion qui chauffe anormalement peut apparaître comme un point chaud à la caméra infrarouge, avant d’être perceptible au toucher. Une image normale ne garantit toutefois rien : une connexion dégradée ne chauffe que lorsque le circuit est sollicité. Pour en savoir plus, lisez ce que la caméra thermique révèle vraiment.
Les solutions reconnues
La CPSC ne reconnaît que trois méthodes de réparation permanente :
- Le remplacement complet par du cuivre : la solution la plus complète, souvent la plus exigeante selon l’accès aux murs et plafonds.
- Les raccords COPALUM : un court conducteur de cuivre (« queue de cochon ») est joint à chaque extrémité d’aluminium par un manchon serti avec un outil spécialisé, installé uniquement par des électriciens formés par le fabricant.
- Les connecteurs AlumiConn : même principe, avec un connecteur à vis de serrage; la meilleure solution de rechange lorsque COPALUM n’est pas disponible.
La CPSC recommande de traiter toutes les connexions en aluminium : prises, interrupteurs, luminaires, appareils raccordés en permanence, boîtes de jonction et panneau.
Les prises et interrupteurs CO/ALR sont conçus pour l’aluminium, mais la CPSC y voit au mieux une réparation incomplète, puisqu’ils n’existent pas pour tous les points du réseau. Elle réserve les marettes Cu/Al et les dispositifs CO/ALR aux réparations temporaires. Le Code québécois permet néanmoins l’ajout de cavaliers en cuivre avec des marettes approuvées Cu/Al (CMEQ). Le choix de la méthode revient à l’entrepreneur électricien, en tenant compte des exigences de votre assureur.
Qui peut faire les travaux au Québec?
Au Québec, seul un entrepreneur électricien titulaire d’une licence de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) comportant la sous-catégorie 16, délivrée par la CMEQ, peut exécuter des travaux d’installation électrique pour autrui, et ces travaux doivent être réalisés par des électriciens qualifiés. Vérifiez la licence avant de signer et demandez si l’entreprise a l’expérience des méthodes COPALUM ou AlumiConn.
Assurance et assurabilité
Même si le Code permet l’aluminium, la CMEQ rappelle qu’un assureur peut être plus exigeant et demander le remplacement du filage; d’autres demandent une lettre de conformité d’un entrepreneur électricien. Les exigences varient : contactez votre assureur avant la levée de vos conditions.
L’impact lors d’un achat
Du filage en aluminium n’est pas une raison automatique de renoncer à une maison. C’est une information à chiffrer et à planifier : une évaluation et une soumission écrite d’un entrepreneur électricien pendant la période d’inspection, jumelées aux exigences de votre assureur, vous permettent de négocier le prix, de demander des travaux ou de prévoir un budget de correction.
Liste de vérification pratique
- Repérer la mention « AL » sur les câbles visibles.
- Noter l’année de construction et des agrandissements (environ 1965 à 1975).
- Vérifier si des prises sont chaudes, décolorées ou dégagent une odeur.
- Demander au vendeur si des correctifs ont été faits, et par qui (factures, attestation).
- Faire évaluer l’installation par un entrepreneur électricien licencié.
- Appeler votre assureur avant la levée des conditions.
FAQ
Le filage en aluminium est-il illégal au Québec?
Non. La CMEQ indique que les conducteurs d’aluminium sont permis par le Code de construction du Québec, chapitre V. Ce sont les connexions inadéquates qui posent problème.
Faut-il absolument refaire tout le filage?
Pas nécessairement. La CPSC reconnaît des réparations permanentes des connexions (COPALUM, AlumiConn). Votre assureur peut toutefois exiger davantage.
Puis-je faire les réparations moi-même?
La CPSC le déconseille fortement en raison des risques d’électrocution et d’aggravation du problème. Au Québec, les travaux pour autrui relèvent d’un entrepreneur électricien licencié.
Une inspection avec thermographie suffit-elle à confirmer que tout est sécuritaire?
Non. La thermographie aide à repérer des connexions qui chauffent au moment de l’inspection, mais seule l’évaluation d’un électricien peut confirmer l’état de chaque connexion.
Planifiez votre achat en toute connaissance
Une maison des années 1960-1970 peut être un excellent achat si l’on connaît ses enjeux. Notre équipe de techniciens, d’inspecteurs certifiés InterNACHI et d’un ingénieur membre de l’OIQ vous remet un rapport clair, thermographie incluse. Obtenir une soumission pour une inspection préachat.
Sources
- U.S. Consumer Product Safety Commission – Repairing Aluminum Wiring (Publication 516)
- Electrical Safety Authority (Ontario) – Aluminum Wiring
- CMEQ – Informel, février 2020 : « Connaissez-vous bien les conducteurs d’aluminium? »
- Régie du bâtiment du Québec – Licence en électricité
- InterNACHI – Inspecting Aluminum Wiring